Isabella Hin
Biographie
Fascinée par la Salle des douches, aussi connue sous le nom de Salle des pendus, Isabella Hin s’est concentrée sur ce lieu dédié à l’hygiène collective des mineurs, espace emblématique du carreau de fosse. Dans la continuité de ses œuvres précédentes, elle construit une série de photographies autour du bleu de travail, seconde-peau protectrice, bouclier contre les dangers constants.
L’artiste s’est inspirée de l’héroïsme du mineur qui, quotidiennement, s’enfonce dans les entrailles de la terre. Elle met ici en exergue l’alliance corps-vêtements et évoque, par fragments, l’intensité et la dureté de la tâche. Car le bleu de l’habit renvoie aussi aux traces laissées sur les corps meurtris. Déclinée en variations, dégradée, mouillée, déchirée, la matière synthétise les connotations de deuil et de divin.
Par la mise en scène du vêtement, Isabella Hin insiste sur la particularité de ces éléments aqua-aériens, gorgés d’eau, sombres, exposés, tantôt malmenés tantôt cicatrisés. Grand format, tirage ultra brillant et cadre laqué, la forme de l’œuvre tranche fortement avec le sujet. La même dichotomie se retrouve dans l’interstice entre le corps mouvant et l’enveloppe dont il se défait quotidiennement. La douche comme rituel salvateur débarrasse le mineur du poids de sa journée, il est un passage de la pesanteur à la légèreté, des ténèbres à la lumière du jour.
En employant des crochets pour système d’accroche, Isabella Hin fait écho aux mécanismes qui mettaient en mouvement les amas de vêtement du sol au plafond. Comme des corps flottants remontés du gouffre et propulsés dans les airs en suspension.