Openfolio #5

Claire Corrion

Zenne & Majorettes

Claire Corrion présente deux projets : Zenne et Majorettes.

Zenne : En Turquie, la danse du ventre n’a pas toujours été réservée aux femmes. Pendant des siècles, des hommes appelés zenne ou köçek ont dansé en tenues féminines. Leur histoire remonte à l’époque ottomane : dès le XVe siècle, alors que les femmes sont interdites de représentation publique, de jeunes garçons imberbes se produisent à la cour du sultan. 

Plus tard, au XIXe siècle, ils quittent le Palais pour animer les tavernes de Constantinople. On en compte alors plus de 600 mais leur succès finit par déranger, et en 1837, le sultan Mahmoud II met fin à cette pratique. Peu à peu, les danseuses du ventre prennent leur place sur scène. Depuis une dizaine d’années, la tradition des zenne refait surface et cela malgré l'hostilité du gouvernement envers les personnes LGBTQ+ en Turquie. 

À Ankara, j’ai suivi Zahmer, Uzay et Yiğit, trois zenne qui dansent dans les meyhane et clubs de la capitale. Tous trois aiment être applaudis, admirés et sur scène, ils se sentent à leur place, libres d'être eux-mêmes. Leur danse reflète une manière d’exister pleinement, loin des attentes sociales. Sans chercher à revendiquer quoi que ce soit, leur simple présence interroge. Avec ce projet, je souhaite mettre en lumière ces danseurs qui à travers leur danse questionnent les normes de genres et les codes dominants de la société. 

Majorettes : Originaire du Nord, je me souviens avoir vu, petite, les majorettes de ma ville défiler un 14 juillet. Leurs robes brillantes, leurs pas quasi-militaires et leurs lancers de bâtons m’avaient subjugués. 

C'est marqué par ce souvenir et avec curiosité que je me rends en mars 2023 à mon premier festival de majorettes. Dans la salle de sport de Wallers Arenberg, dans le bassin minier, chaque équipe - plus d'une quinzaine au total - présente son programme: une danse d'environ douze minutes fruit d'un travail de plusieurs mois de répétition. 

Je découvre un univers coloré, joyeux et alors que dans mon souvenir les majorettes étaient uniquement des jeunes filles, je suis surprise de voir de jeunes garçons et des hommes danser à leurs côtés, avec fierté. Au sein des majorettes, ils trouvent un espace où ils sont pleinement acceptés et peuvent s’épanouir. C’est donc avec passion qu'ils s'investissent dans cette activité qui les fait briller.

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