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avec l'EHPAD Stéphane Kubiak de Oignies et celui de Saint-Albert à Auchy-les-Hesdin
Semaine bleue
Semaine bleue est un dispositif de deux projets réalisés en collaboration avec le département du Pas-de-Calais : Les gens sont comme des maisons avec Rossella Picinno et l'EHPAD Saint-Albert d'Auchy-les-Hesdin, et Restent le corps et le cœur avec Nadine Jestin et l'EHPAD Stéphane Kubiak de Oignies.
« Le corps est là.
L’esprit est occupé ailleurs,
enfermé dans le passé, visiteur égaré du présent. »
Restent le corps et le cœur - Nadine Jestin
Je suis allée passer du temps auprès de personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer, au sein d’unités spécialisées en maison de retraite. Je savais que les moments passés ensemble seraient, pour eux, vite oubliés. Pourtant, je me suis rarement sentie aussi utile. Utile pour écouter les ritournelles, pour accueillir les phrases jamais abouties, pour être le temps d’un rien leur lien au présent, pour moucher des nez humides, et accueillir le trop plein d’amour, de peur et de vide.
Dans cet espace-temps, c’est la commémoration quotidienne d’un temps révolu. Des bribes du passé s’imposent au présent. Des souvenirs heureux, de temps en temps, refont surface. Des traces douloureuses, régulièrement, ressurgissent. Des chagrins bruyants et impudiques cohabitent parfois avec le programme télévisé que tout le monde entend mais que personne n’écoute. C’est l’inquiétude qui, le plus souvent, tient compagnie.
Ces fantômes réminiscents s’invitent à heure fixe. Malgré les décennies, ils n’ont pas pris une ride. Leurs hôtes impuissants vivent avec eux, comme ils peuvent.
La routine ici est dissonante.
Absurde, rude et tendre.
Alzheimer, c’est un plongeon en apnée dans la vulnérabilité.
Les gens sont comme des maisons - Rossella Piccinno
« Les maisons sont comme les gens, elles ont leur âge, leurs fatigues, leurs folies. Ou plutôt non : ce sont les gens qui sont comme des maisons, avec leur cave, leur grenier, leurs murs et, parfois, de si claires fenêtres donnant sur de si beaux jardins. »
Ces phrases résonnaient en moi, alors que je travaillais à l’édition de ce cahier de résidence. Les portraits qui le composent sont ceux des résident(e)s de l’EHPAD Saint-Albert, à Auchy-les-Hesdin. Ils sont le fruit d’une semaine d’immersion passée dans cet établissement en décembre 2022, à l’invitation de l’Institut pour la photographie et du Département du Pas-de-Calais.
Chaque rencontre s’est d’abord développée autour d’une question, que je posais alors aux résident·e·s : « Que feriez-vous demain si une pilule miraculeuse vous permettait de retrouver un bon état physique et mental et que vous deviez sortir d’ici ? ».
Cette question, qui pour moi n’était qu’un prétexte, a été simple pour certain(e)s et difficile pour d’autres. Les réponses que j’ai reçues relèvent d’échos de vies déjà vécues, et dont le souvenir parfait s’estompe, dans une phase de la vie où notre ego s’affaiblit pour laisser place à l’essence la plus profonde de l’humain, à sa fragilité, à son lâcher-prise.
Je n’ai pas souhaité retranscrire exactement ni les réponses, ni les histoires si personnelles qui m’ont été partagées. Elles sont pourtant là, en creux, humbles et discrètes. Je suis entrée dans chaque chambre sur la pointe des pieds, avec mon appareil photo. En résonance avec les mots de Christian Bobin, il s’agissait précisément d’y saisir, derrière le decorum de l’EHPAD, l’âme et le cœur de la maison que chacun(e) a été, et restera.
Les projets
avec les intervention de Nadine Jestin et Rossella Piccinno
À l’invitation du Département du Pas-de-Calais, l’Institut a organisé deux résidences au sein d’EHPAD du territoire : Nadine Jestin et Rossella Piccino ont ainsi chacune développé un travail photographique en lien avec les résident(e)s de ces deux établissements. Ces projets ont fait l’objet d’une exposition nomade et d’une publication dédiée.